Analyse d’Un barrage contre le Pacifique

L’écriture du roman « un barrage contre le Pacifique » a débuté dès 1947, soit quasiment au même moment où a commencé la guerre d’Indochine. C’est ce roman qui a fait connaître Margueritte Duras au grand public. Sa publication en 1950 intervient en pleine affaire Henri Martin comparée alors pour certains à l’affaire Dreyfus et considérée par d’autres comme le symbole de la « lutte du peuple français contre la sale guerre d’Indochine », même si cette guerre eut néanmoins le mérite d’amorcer la fin de l’Empire colonial français. Ce système colonial, Margueritte Duras le connaît bien puisqu’elle a vécu en Indochine une grande partie de sa vie. On trouve dans le roman « un barrage contre le Pacifique », dont l’inspiration est très largement autobiographique, une critique sévère de ce système colonial à la française et de la société qui le compose.

C’est donc sur ce point, vous l’aurez compris, que va se focaliser notre analyse de ce roman tout en rappelant les éléments autobiographiques sur lesquels il se fonde.

 

Une critique de la société coloniale française

Tout d’abord il faut rappeler que l’action se déroule entre 1925 et 1930, l’Empire colonial n’est pas encore remis en cause et cette histoire constitue donc un véritable témoignage sur ce que pouvait être la vie au sein d’une colonie française. Le moins que l’on puisse dire est que cette société est fortement inégalitaire et très hiérarchisée. La structure de la ville décrite dans le livre le prouve. Il y a une première séparation entre les indigènes et les blancs et une deuxième entre les riches et les pauvres. Ces riches blancs, aussi appelés dans le roman « les costumes blancs » forment une sorte d’aristocratie constituée que de quelques centaines de familles. Mais c’est surtout la manière dont ils ont fait fortune qui dégoûte. En effet celle-ci est fondée presque systématiquement sur l’exploitation d’autrui et même la corruption.

Sur cette échelle basée sur l’argent et le pouvoir, on trouve donc tout en bas les indigènes qui vivent dans la misère la plus totale. Leurs enfants meurent de faim. Ensuite nous trouvons les « petits blancs » qui pour survivre, se livrent à la contrebande ou la prostitution. Les personnages principaux, la mère, Suzanne et Joseph appartiennent à cette catégorie. D’ailleurs le don d’un diamant par Mr Jo, même s’il est vicié d’un «crapaud», peut être interprété comme la vente de la fille par sa mère. Vient après la catégorie des « grands » constituée par la bourgeoisie coloniale, commerçante ou financière. Enfin au niveau le plus élevé se trouve l’administration décrite comme totalement corrompue par les pots-de-vin perçus sur les divers trafics et qui distribue des terres incultivables « aux petits blancs ».

 

Une critique légitimée par l’expérience personnelle de l’auteur

Sans refaire une énième biographie de la romancière, il convient de rappeler certains éléments sa vie familiale tant ils paraissent indispensables pour mesurer pleinement le crédit et la force de ce témoignage que constitue « un barrage contre le Pacifique ». Dans un premier temps, il faut rappeler qu’elle est née à Saigon et elle a vécu avec ses parents dans la colonie du Cochinchine. Ensuite le parallèle entre la mère dans le roman et la mère de Marguerite Duras est évident. Cette dernière était veuve. Elle fut fortement incitée et trompée par l’administration dans l’acquisition de terres. Ce qui provoqua sa ruine. Que l’administration coloniale soit présentée comme pourrie dans le roman n’est donc pas étonnant.

A travers l’histoire de la mère, « un barrage contre le Pacifique » montre également qu’il y a clairement eu un rêve colonial français (là encore il faut rappeler que les parents de Mme Duras étaient, au départ, volontaires pour travailler dans cette colonie). En effet celle-ci reste durant toute l’histoire dans ses illusions en résistant de manière totalement absurde, souvent proche de la folie, contre l’inéluctable. Elle s’accroche de manière obstinée à sa concession. La construction des barrages en est une parfaite illustration. Seule sa propre fin semble lui apporter la lucidité nécessaire dans la prise de conscience de son échec. Un échec qui se traduit par l’inévitable victoire de la nature mais aussi par le départ de son fils. Un échec qui plus largement annonce la fin d’un monde et qui peut être lu comme le présage de  la décolonisation (comme dans le passage où Joseph donne des armes aux paysans indigènes).

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